Immersion et synesthésie : absorption sensorielle et absorption imaginative

25-26 mai 2023 Paris (France)

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Présentation

Appel à communication

Journées d’étude : 25-26 mai 2023, Paris - date limite de soumission: 24 mar 2023

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Institut du Cerveau, Paris

Apparue dans les années 90 avec l’essor des technologies interactives, la notion d’immersion a été reprise et réinterrogée dans de nombreux domaines (jeux vidéo, théâtre, cinéma, installations, littérature, mode) mais ne fait pas consensus. Selon les contextes et les objectifs qui lui sont associés, les questions de l’implication technique et/ou psychologique des sujets, le rôle des environnements matériels, les interactions entre les utilisateurs, celui d’une immersion partielle ou complète ont été débattus, mais dans des contextes toujours circonscrits. On retiendra néanmoins, outre la métaphore habituelle de la plongée dans un environnement, la notion d’absorption physique et/ou psychologique du sujet. 

Seront abordés dans ces deux journées d’étude les rôles des absorptions sensorielles et imaginatives qui peuvent être étudiés, tant dans la situation immersive que dans la situation synesthésique et dans leurs rapprochements. En effet, dans l’immersion, à l’image de la synesthésie, certaines concordances des sens sont à l’œuvre. De même, dans la synesthésie, la résonnance entre plusieurs modalités sensorielles (sons, images, couleurs) peut engendrer une situation immersive (et ce particulièrement dans le cas de la synesthésie multimodale). 

Les premières approches de la synesthésie n’ont pas manqué de décrire celle-ci comme étant le fruit d’une imagination particulièrement intense (Binet, 1892), et le rôle de l’imagination continue d’être interrogé dans les études sur la synesthésie. Dans l’imagerie mentale, les questions de la concordance entre systèmes sensoriels externes et représentations internes du sujet ont été largement débattues (Kosslyn, 1978, 1980, 1994), (Finke, 1989), (Shepard, 1982), (Pylyshyn, 2002), et nous permettent de repenser certains rapports entre absorption sensorielle et absorption imaginative dans leurs modalités intégratives ou concurrentielles.

On peut considérer qu’une personne est en situation d’immersion dès lors qu’elle se sent attirée, absorbée par l’objet de sa perception, et en particulier lorsqu’elle pénètre dans un espace qui lui est inconnu. Dans cette situation, tous ses sens sont mobilisés. L’un des intérêts de l’immersion est qu’elle procure des perceptions et des sensations multiples, tout en créant simultanément des interactions entre elles. Parfois, ces sens interagissent spontanément et automatiquement, y compris en l’absence d’une ou plusieurs modalités de stimulation. Ce phénomène est ce que l’on appelle synesthésie. La synesthésie est souvent définie « comme une "fusion des sens", qui suggère que le stimulus lui-même et la seconde expérience inhabituelle non stimulée doivent tous deux être de nature sensorielle (par exemple, un son qui déclenche un signal sonore) » (Simner & Hubbard, 2013). Cette définition trop restrictive oublie le rôle des concepts et des affects qui peuvent également conditionner la synesthésie, mais c’est surtout le rôle de l’imagination qui devrait pouvoir être précisé. Si le phénomène de synesthésie existe depuis longtemps, ce n’est que récemment que certains scientifiques s’y intéressent. Ainsi, pour Jean-Michel Hupé, la synesthésie est un « mélange des sens éprouvé, par exemple dans le cas, paradigmatique, de l’association systématique de couleurs à des sons, à des notes de musiques, à des timbres d’instruments, à des voix ou à des paroles, et qu’on appelait à la fin du XIXe siècle ‘audition colorée’ ». Il s’agit d’un phénomène où les sens s’associent à d’autres, tels que l’odorat, le goût, le toucher, et pour chaque personne, ces associations sont différentes. D’après Astrid Saint Auguste, la synesthésie est « une information sensorielle (qui) s’associe ou déclenche une perception sensorielle d’un autre ordre. Cette association se fait de manière spontanée et constante chez un même individu ». Ces entrecroisements ou interpénétrations des sens constituent des « associations additionnelles arbitraires », ainsi nommées par les neurologues

Les notions d’immersion et de synesthésie peuvent être reliées à une troisième notion, l’imagination, car celle-ci joue également un rôle central dans l’exploration des phénomènes synesthésiques et l’expression des émotions dans l’art. L’imagination sera ici entendue comme « la faculté de former, de créer des images d’objets non perçus ou d’objets irréels, de faire des combinaisons nouvelles d’images ». Dans ce cas, l’imagination est associée à l’immersion. Car comme l’indique Marie-Laure Ryan, l’immersion est « une expérience produite par la richesse de la perception et l’intensité du travail de l’imagination ». 

L'imagination est utilisée pour représenter des possibilités autres que la réalité, des temps autres que le présent et des perspectives autres que la sienne. Et comme l’a expliqué Nicolas de Waren, l’imagination est produite à partir d’images visuelles ou sonores, lesquelles sont reproduites par la conscience sous « une forme modifiée ». Plus particulièrement, l'imagination impliquée dans la création des expériences mentales est un concept crucial pour la synesthésie. Elle est façonnée par les souvenirs pendant la perception synesthésique. L’imagination est également présente dans la création artistique et l’appréciation des œuvres d'art, que ce soit dans les arts visuels, en musique ou en littérature. Certes, il existe, comme pour la synesthésie, une grande variabilité entre les individus dans ces expériences cognitives. Certains artistes ont des images très vivaces dans leur conscience, tandis que d’autres manquent totalement de visualisation. Et inévitablement, cela a un impact majeur sur leur expérience de l’art. 

Une approche un peu développée des processus relatifs à l’imagination fait état des catégories suivantes : « imagination basée sur l'imagerie mentale, imagination basée sur l'intentionnalité, imagination basée sur une nouvelle combinatoire, imagination basée sur la phénoménologie et états modifiés de l'imagination ». Dans notre contexte, c’est certainement l’imagination basée sur l’imagerie mentale qui est en rapport direct avec les questions envisagées ici. « Les théoriciens fondateurs de la psychologie empirique moderne, tels que William James et Gustav Fechner, qui étaient imprégnés des traditions de la philosophie, ont réfléchi sérieusement à la compréhension de la différence entre imagination et perception [James, 1891]. Parmi les nombreux points de discussion, citons les différences individuelles en matière d'imagination, les types d'images mentales (visuelles, auditives, tactiles, motrices) et la manière dont les images postérieures diffèrent des images imaginaires. »

L’expérience de l’imagerie chez les individus va de l’image mentale très vivace à l’absence totale d’images mentales conscientes (aphantasie, une particularité relevée récemment par les neuroscientifiques). Ces mécanismes cognitifs et neuronaux contribuent à une grande variabilité individuelle de la capacité à imaginer, à percevoir et à penser. Un effort commun entre les arts et les sciences cognitives est nécessaire pour comprendre ces expériences et ses applications dans la création des expériences artistiques.

 

Les questions pourront concerner :

Des environnements comme l’exposition, la scénographie théâtrale, la scénographie dans le défilé de mode, les jeux vidéo pourront être étudiés en combinant deux de ces trois thèmes : immersion, imagination synesthésie.

Des questions plus théoriques pourront concerner l’absorption sensorielle, l’absorption imaginative, les modalités polysensorielles, la concurrence ou l’intégration polysensorielle.

Ces journées d’études invitent artistes, chercheurs, professeurs et doctorants intéressés à venir exposer leurs expériences et leurs analyses de l’immersion, de la synesthésie ou de l’imagination dans leur domaine artistique ou scientifique. 

 

Modalités pratiques :

La durée de communication sera de 20 minutes maximum.

Langue de communication : français ou anglais.

Les propositions de communication (de l’ordre de 250 mots, en français ou en anglais) sont à envoyer à l’adresse suivante : synesthimersion@sciencesconf.org pour le 24 mars 2023. Elles seront accompagnées d’une courte notice bio-bibliographique. Une réponse sera donnée fin mars.

 

 

Comité d’organisation

Xiangcheng LU / Université de Paris 1 - Panthéon Sorbonne / Institut français de la mode (IFM) 

Jianghao LIU / Institut du Cerveau (ICM)

 

Comité scientifique 

Bernard Guelton / Université Paris 1

Paolo Bartolomeo / Institut du Cerveau (ICM)

 
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